A l'heure où certaines bibliothèques françaises développent des services à distance pour leurs usagers, doit-on repenser les territoires auxquels elles s'adressent?


Si Internet "casse" les territoires habituels et permet à nos établissements de conquérir de nouveaux publics, ces établissements ne risquent-ils pas de se retrouver en situation de concurrence?

En terme d'aménagement du territoire et d'organisation du service public, il y a ainsi des situations un peu floues qui se créent (comment un usager domicilié à Bourges peut-il savoir s'il vaut mieux poser sa question au Guichet du Savoir de la BM de Lyon, au Sindbad de la BnF, ou au réseau BiblioSés@me piloté par la Bpi?) ou même des absurdités (les bibliothécaires du GdS qui vont ramer pour trouver l'origine d'une citation, alors que ceux de la Bpi la retrouvent en deux minutes grâce à la base Frantext).

On peut penser que ces différents services de question-réponse, même s'ils sont issus d'initiatives diverses, ont fini par trouver une sorte de complémentarité pour atténuer cette concurrence indigne d'un service public. Et il est vrai qu'en creusant un peu, on s'aperçoit que le Sindbad de la BnF est particulièrement orienté vers les chercheurs dans une logique d'information sur les collections elles-mêmes de la BnF. La Bpi quant à elle trouve un public de professionnels d'entreprise tandis que le Guichet du Savoir s'adresse surtout au grand public (excepté une spécialisation sur quelques thèmes avec le Lyon Reference Service).

Ainsi les territoires sont-ils peu à peu remplacés (et peut-être est-ce l'image de la future bibliothèque virtuelle) par des communautés de publics se retrouvant autour de thèmes et d'usages.

Mais cette complémentarité reste floue et imparfaite. On peut souligner que le système actuel, reposant donc sur des initiatives d'établissement (même le réseau BiblioSés@me de la Bpi s'appuie sur le volontariat des bibliothèques participantes), laisse une certaine souplesse, notamment quant aux outils (QuestionPoint ou forum?). On peut regretter cependant une absence flagrante de coopération entre ces différents services de renseignement à distance, qui sont plutôt vus par les établissements comme une "vitrine" virtuelle (regardez comme notre bibliothèque est "in") et non pas questionnés du point de vue de l'usager.